Je suis retourné cinq jours en France, ce mois de mars, pour enregistrer l’album Vesdge 2007. J’ai pris un avion le mardi soir à l’aéroport John Lennon, après ma journée de travail. Avant de monter dans l’avion, ma passe de labeur terminée et m’embarquant dans un engin potentiellement mortel, je n’ai pas hésité, à vrai dire c’était bien prémédité comme pour toutes mes actions limite moralement, et je me suis assis face à la Mersey, au devant des pistes étroites du petit aéroport, et j’ai attaqué à pleine dents mon double hamburger bacon que j’avais préféré ce semestre au classique whooper with cheese, dans un esprit d’aventure et de renouveau, et pour garder le contact avec la production Burger King malheureusement disparue des terres françaises depuis quelques années. Je suis un adepte de Burger King en transit, quand l’excuse est facile et que je suis tout seul, au hasard des gares, dont je ne recommande à personne les comptoirs express souvent par trop expéditifs, viande tiède, sandwich désordonné, et les aéroports, aux clientèles plus aisée, aux hamburgers plus attentionnés.
Je suis arrivé bien tard à Rueil-Malmaison. On m’a assis derrière la table de la cuisine, face à la fenêtre obscure, à un large plateau de fromage et un peu de jambon Serrano. Le lendemain midi, nous mangeâmes à nouveau du fromage, avec de la salade. Le soir, paupiette de veau à la niçoise. Jeudi, je me levai pour accueillir Vincent, la la la, avec mes bénédictions pour ma voisine supérieure, et fin prêt, nous rejoignîmes Marthe dans une petite brasserie de Nanterre dont le nom m’échappe. Sans grande allure de l’extérieur, on pénètre cependant aussitôt dans un intérieur qui m’apparût feutré, une lumière tamisée, les cadres locaux sans trop d’argent au cou nombreux et volubiles ; il faisait beau. Afin d’éviter que je ne prenne exactement le même menu que mon ami, j’optai pour une assiette de crudité – plutôt que le feuilleté aux légumes – que j’eus toutes les peines à terminer tant je m’entraînais dans une inutile explication de mes obsessions historiques pour aboutir enfin sur une basse côte servie avec des frites, et un peu de salade bien sûr, quel plaisir que la brasserie… Tout cela était accompagné d’une bouteille de Buzet, 11 euros, mon Dieu pourquoi diable tiens-je tant à vivre dans un pays où le vin est inabordable ? Et pour finir, les hommes courageux, et mieux servis par leur appétit carnassier, finirent joliment par un chou à la crème, le petit café à ses bottes. Pour nous repentir, six heures durant, nous répétâmes. Mais je fus récompensé le soir par un passage dans le restaurant chinois de la place des arts, au standing toujours aussi douteux.
Le lendemain, nous étions chez Matthieu, après un petit café boulevard Voltaire, « non mais Gab, t’as pas besoin de commander un ‘expresso’, ça s’appelle un café dans ce pays ». Dans l’après midi, Matthieu, le mangeur de viandox qui semble ne pas s’être remis du je ne mange plus de viande de la belle époque, nous improvisa un délicieux petit plat de soja en sauce tomate, goûtu, impressionnant de maîtrise végétarienne. Le soir, kebab en duo vesdgien, pas le meilleur de Paris. Samedi, pas de repas de midi, et arrivée tardive à Rueil, pour profiter magnifiquement d’un rôti de bœuf en strates aux échalotes ; je me suis resservi trois fois. Dimanche à une heure, j’étais à tesco.
mercredi 28 mars 2007
mardi 20 mars 2007
Méditerranée, Méditerranée, Newcastle.
Le café restaurant de Northern Stage, une compagnie de production théâtrale dont les locaux et les scènes jouxtent les bâtiments distingués de l’université de Newcastle, vient de réouvrir à l’étage plutôt qu’au dessous, là où il demeurait auparavant, soit de plain pied sur la promenade menant à l’arche d’entrée de l’université qui se trouve en fait quelque peu en hauteur par rapport à la grande route que quelqu’un a finement jugé bon de construire il y a une quarantaine d’années, et qui va longer en bifurquant radicalement sur la gauche à une cinquantaine de mètre Haymarket et la pointe élevée de la rue commerciale, piétonne comme il se doit. J’ai vu deux spectacles en ces lieux : un concert de jazz il y a peut-être quinze ans, j’en ai un souvenir très vague, un orchestre, sunny side of the street, et puis Cat on a Hot Tin roof, à l’époque où ma cousine Katy finissait ses études de médecine. Par ailleurs, j’y ai déjeuné par le passé, avant le longuet remodelage, une fois, je ne sais plus ce que je mangeai, accompagné d’un verre de vin, à midi.
Mais nous y sommes retourné vendredi dernier. C’était plein, nous avons hérité du sofa d’attente. J’ai commandé un large verre de vin rouge, c'est-à-dire un pichet dans un verre, et nous avons pu constater que le menu propose désormais des tapas. C’est une sorte de bar espagnol, mais anglais.
Inspiré, j’ai évité le menu, et opté pour un des plats du jour, lamb kofta with pita and salad. Cinq livres. Notez, ce n’est pas moi qui payais, et j’ai pris ce qu’il y avait de plus cher au menu : c’est des tapas, donc, il suffit de choisir dans le menu, comme mon père, une assiette de chorizo, et puis un peu de pain, pour se retrouver avec rien à bouffer, une note hypertrophiante, du moins potentiellement, si vous avez vraiment faim, ce qui n’est pas le cas de Gee senior qui mange très peu à midi, pour des raisons obscures, « la cantine de l’université est infâme » « je n’ai pas le temps », ce qui pourrait me porter à interroger mes propres raisons pour, du moins par le passé, même si je ne peux m’empêcher de cultiver l’habitude, esquiver totalement le repas de midi, ce qui impliquait, puisque je n’avale jamais rien le matin sinon un café ou une théière, sauf dans les rares occasions ou j’avale les saucisses le boudin noir les toasts l’œuf les baked beans et la tomate trop cuite, une série de vingt-quatre heures quotidienne sans manger.. Je me souviens à ce propos d’un désir de carême étendu, un mois sans manger, de quoi attraper le scorbut…
Mais lorsqu’il fait beau, que je suis dans la peau du visiteur touristique professionnel, et oui, et bien je me laisse facilement tenter, et je choisis cette belle assiette, contenant deux koftas, surmontés de crème, quatre pitas, et une salade qui a tout pour me plaire parce qu’elle contient beaucoup d’oignions crus. En vérité, il n’y avait pas quoi faire un banquet, mais sans doute le soleil aidant, j’ai mis une éternité à finir ce plat de la mouvance méditerranéenne britannique.
Mais nous y sommes retourné vendredi dernier. C’était plein, nous avons hérité du sofa d’attente. J’ai commandé un large verre de vin rouge, c'est-à-dire un pichet dans un verre, et nous avons pu constater que le menu propose désormais des tapas. C’est une sorte de bar espagnol, mais anglais.
Inspiré, j’ai évité le menu, et opté pour un des plats du jour, lamb kofta with pita and salad. Cinq livres. Notez, ce n’est pas moi qui payais, et j’ai pris ce qu’il y avait de plus cher au menu : c’est des tapas, donc, il suffit de choisir dans le menu, comme mon père, une assiette de chorizo, et puis un peu de pain, pour se retrouver avec rien à bouffer, une note hypertrophiante, du moins potentiellement, si vous avez vraiment faim, ce qui n’est pas le cas de Gee senior qui mange très peu à midi, pour des raisons obscures, « la cantine de l’université est infâme » « je n’ai pas le temps », ce qui pourrait me porter à interroger mes propres raisons pour, du moins par le passé, même si je ne peux m’empêcher de cultiver l’habitude, esquiver totalement le repas de midi, ce qui impliquait, puisque je n’avale jamais rien le matin sinon un café ou une théière, sauf dans les rares occasions ou j’avale les saucisses le boudin noir les toasts l’œuf les baked beans et la tomate trop cuite, une série de vingt-quatre heures quotidienne sans manger.. Je me souviens à ce propos d’un désir de carême étendu, un mois sans manger, de quoi attraper le scorbut…
Mais lorsqu’il fait beau, que je suis dans la peau du visiteur touristique professionnel, et oui, et bien je me laisse facilement tenter, et je choisis cette belle assiette, contenant deux koftas, surmontés de crème, quatre pitas, et une salade qui a tout pour me plaire parce qu’elle contient beaucoup d’oignions crus. En vérité, il n’y avait pas quoi faire un banquet, mais sans doute le soleil aidant, j’ai mis une éternité à finir ce plat de la mouvance méditerranéenne britannique.
mercredi 7 mars 2007
L'importation de soleil
L’importation de soleil
Il est indéniable que le temps est bien meilleur à Liverpool qu’à Manchester. Les nuages ayant traversé l’Irlande, galopent rapides à l’intérieur des terres, s’effaçant des côtes à intervalles irréguliers pour rejoindre le bas du Peak district, la plaine mancunienne où ils s’arrêtent alors contents, bas sur les toits. Néanmoins, force est de constater qu’entre le climat provençal et le ciel de Liverpool, la différence reste grande. Aussi, pour me rappeler sinon mon pays, celui de ma mère, j’ai conduit avec moi, à l’octobre 2006, un sac bourré d’herbes cueillies au bas des collines, à Sanary-sur-mer, là où les intérêts de l’immobilier ne prévalent pas encore. J’avais pris le vélo de course de mon oncle Gérard. Je n’étais pas monté sur un vélo depuis bien longtemps, je crois que cela remontait à peut-être cinq ans, du côté de Montparnasse, et j’en étais tombé. J’ai donc eu mal aux mollets ; pourtant je ne suis allé ni trop loin, ni trop haut ; et puis j’ai eu mal aux fesses, après. Dans ma belle voiture, la sanaryenne du garage des estivales, j’ai remonté l’Angleterre dans une forte odeur de fenouil. Il n’est pas très beau, parce que c’était déjà la fin du mois de septembre, et cette année là il pleuvait, un peu. Mais il sent bon. Le fenouil, pour ce que j’en sais, accommode avant tout bienheureusement le poisson. Toute ma jeunesse durant, j’ai refusé obstinément, parfois à mes risques et périls, de manger du poisson. Et puis j’en suis revenu. J’ai à ce sujet une théorie, que j’ai relatée à mon invité, qui s’est aussitôt exclamé que ah, le poisson nature avec une simple noix de beurre ou un mince filet d’huile d’olive, c’est ainsi qu’il convient de l’apprêter... On a donc préparé les deux truites que j’avais achetées à Marks & Spencers avec économie. C’était samedi midi. Il y avait même un rayon de soleil. Mon père s’en est occupé, car je ne cuisine jamais de poisson; je garde juste le fenouil au cas où, pour m'y frotter parfois les narines avec volupté.
Dans une poêle, il déposa les deux bêtes, dûment recouvertes et percées de fenouil. Et puis, apparemment dans un geste qui pourrait porter à polémique, on ajouta un demi-verre de vin blanc, sicilien je crois. Et voilà, tout la pièce respirait la mer et le soleil. Au bas de mes fenêtres, je pensais voir la piscine verte, et au-delà les Ambiers, et le phare du Rouveau. Lorsqu’elles furent disposées à être mangées, par une manœuvre rendue délicate par l’absence d’outils appropriés, on fit glisser les truites sur le riz, qu’il s’imbibe de jus, et on ajouta les courgettes, bouillies.
Le lendemain, je remettais ça. J’avais acheté un bout de jambe, celui d’un agneau, à Chorlton, Manchester, et nous le préparâmes à la méthode Malcolm, un grand classique en guise de cuisine familiale, entaillé sous la peau et dans la chair, et là incrusté de morceaux d’ail. Je parsemai mon bout de viande de thym, non le mien qui comme son homologue marin est bon mais quelque peu laid, mais celui que ma grand-mère m'avait donné– ayant pitié sans doute de mes récoltes. Ah j’ai bien mangé. Et puis pour parfaire les choses, nous bûmes du bourgogne, ce qui change du BIG AUSSIE.
Il est indéniable que le temps est bien meilleur à Liverpool qu’à Manchester. Les nuages ayant traversé l’Irlande, galopent rapides à l’intérieur des terres, s’effaçant des côtes à intervalles irréguliers pour rejoindre le bas du Peak district, la plaine mancunienne où ils s’arrêtent alors contents, bas sur les toits. Néanmoins, force est de constater qu’entre le climat provençal et le ciel de Liverpool, la différence reste grande. Aussi, pour me rappeler sinon mon pays, celui de ma mère, j’ai conduit avec moi, à l’octobre 2006, un sac bourré d’herbes cueillies au bas des collines, à Sanary-sur-mer, là où les intérêts de l’immobilier ne prévalent pas encore. J’avais pris le vélo de course de mon oncle Gérard. Je n’étais pas monté sur un vélo depuis bien longtemps, je crois que cela remontait à peut-être cinq ans, du côté de Montparnasse, et j’en étais tombé. J’ai donc eu mal aux mollets ; pourtant je ne suis allé ni trop loin, ni trop haut ; et puis j’ai eu mal aux fesses, après. Dans ma belle voiture, la sanaryenne du garage des estivales, j’ai remonté l’Angleterre dans une forte odeur de fenouil. Il n’est pas très beau, parce que c’était déjà la fin du mois de septembre, et cette année là il pleuvait, un peu. Mais il sent bon. Le fenouil, pour ce que j’en sais, accommode avant tout bienheureusement le poisson. Toute ma jeunesse durant, j’ai refusé obstinément, parfois à mes risques et périls, de manger du poisson. Et puis j’en suis revenu. J’ai à ce sujet une théorie, que j’ai relatée à mon invité, qui s’est aussitôt exclamé que ah, le poisson nature avec une simple noix de beurre ou un mince filet d’huile d’olive, c’est ainsi qu’il convient de l’apprêter... On a donc préparé les deux truites que j’avais achetées à Marks & Spencers avec économie. C’était samedi midi. Il y avait même un rayon de soleil. Mon père s’en est occupé, car je ne cuisine jamais de poisson; je garde juste le fenouil au cas où, pour m'y frotter parfois les narines avec volupté.
Dans une poêle, il déposa les deux bêtes, dûment recouvertes et percées de fenouil. Et puis, apparemment dans un geste qui pourrait porter à polémique, on ajouta un demi-verre de vin blanc, sicilien je crois. Et voilà, tout la pièce respirait la mer et le soleil. Au bas de mes fenêtres, je pensais voir la piscine verte, et au-delà les Ambiers, et le phare du Rouveau. Lorsqu’elles furent disposées à être mangées, par une manœuvre rendue délicate par l’absence d’outils appropriés, on fit glisser les truites sur le riz, qu’il s’imbibe de jus, et on ajouta les courgettes, bouillies.
Le lendemain, je remettais ça. J’avais acheté un bout de jambe, celui d’un agneau, à Chorlton, Manchester, et nous le préparâmes à la méthode Malcolm, un grand classique en guise de cuisine familiale, entaillé sous la peau et dans la chair, et là incrusté de morceaux d’ail. Je parsemai mon bout de viande de thym, non le mien qui comme son homologue marin est bon mais quelque peu laid, mais celui que ma grand-mère m'avait donné– ayant pitié sans doute de mes récoltes. Ah j’ai bien mangé. Et puis pour parfaire les choses, nous bûmes du bourgogne, ce qui change du BIG AUSSIE.
mercredi 14 février 2007
L'Italie de loin
L'italie de loin
J’ai toujours eu de terribles préjugés sur les restaurants italiens en Angleterre. Enfin je dis en Angleterre, mais ça vaut aussi pour le pays de Galles, où j’ai récemment mangé un des plus mauvais repas de ma vie – mais je laisse la réflexion se prolonger encore quelque peu sur ce moment fondateur – et l’Ecosse, où je dois avouer avoir été impressionné il y a peut-être deux ans par des moules cuisinées dans un rouge bouillon de tomates et oignons – de la tablée deux d’entre nous avaient opté pour une entrée, et mon voisin m’assura que ses moules à la crème étaient un régal, d’ailleurs à la vue j’étais jaloux – et une pizza parfaite dans cette bonne ville de Glasgow, que j’avais il y a six mois seulement désignée comme l’élue de mon cœur aventurier – je ne fais pas d’aventures hors de l’Europe pour le moment.
Je ne suis pas retourné à Glasgow, personne ne voulait m’y employer alors merde. Mais quand j’étais petit, il me semble bien avoir été dans au moins un restaurant non loin de la Tyne, qui existe toujours d’ailleurs, ce n’est pas dans Grey Street, mais la rue qui tombe parallèle et tournante sur le fleuve. Et c’était pas bon, non, je me souviens que ce n’était pas bon. Les habitants du Nord de l’Angleterre, pour la plupart, certainement il y a quinze ans ne connaissaient guère la cuisine continentale. Je n’inclus pas mon père naturellement, même si après tout il doit être tenu responsable, c’est lui qui m’avait traîné là. Il paya rudement la mauvaise adresse, car je nous amenais par la suite capricieusement et pendant de nombreuses années à « pizza hut », avant que ce goût ne passe. Presque. Bref. Avec un nom exotique, à consonance italienne, on pouvait faire ingurgiter les plats les plus infâmes aux béotiens de mon second pays. Les temps ont changé, le pays s’est, en partie, enrichi, et des hordes de cadres parfumés gagnant véritablement des sommes stupéfiantes pour nous autres derrière le masque de leur persona poursuivent le soir leur vie palpitante dans d’innombrables restaurants aux menus plus invraisemblablement chers les uns que les autres. Les restaurants italiens, entre autres, font leur affaire, et on en trouve sans difficulté. Bien entendu, je suis toujours rétif à l’idée de manger dans un restaurant italien dans cette contrée, mais il se trouve que l’offre culinaire à Chorlton, pour ce qui concerne les restaurateurs car on trouve des bouchers dans ce quartier et même, grand luxe de Manchester, un poissonnier, reste limitée ; comme samedi affichait une heure, et que je n’avais pas mangé la veille au soir, pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté et dont la lourde responsabilité repose sur des épaules autres que les miennes, je ne pensais qu’à manger en cette belle matinée, j’en avais rêvé, pour dire vrai, toute la nuit. Or nous nous souvînmes qu’un restaurant d’appellation italienne nous avait été recommandé par le passé, nous l’avions cherché un temps sans succès. Rien d’étonnant à cela, c’est de loin une courbe blanche qui laisse présager un grand « fish and chips », ou des bureaux d’experts-comptables anonymes. Affamé, je remarque un signe bleuté, « chroma », au dessus de la véranda blanche aux vitres obscures. J’ai entendu depuis de sources populaires qu’il s’agissait d’une chaîne. Une chaîne limitée, que m’a-t-on dit déjà, deux restaurants à Manchester, et un à Boston ? Une connexion exécutive avec Pizza express ? Quoiqu’il en soit, l’intérieur est spacieux, des poutres au plafond, beaucoup de blanc, des tables très neutres, nappes blanches, verres à vins au format classique, service sympathique… Le fait est que les restaurants britanniques peuvent être très bruyants, voilà, comme les pubs. Or manger dans les hurlements de ta conversation et bien ça coupe l’appétit.
Ici, c’est calme. En tous les cas un samedi à une heure. On nous propose une jolie place près de la baie vitrée qui donne sur la route. Son nom je ne le connais pas, mais d’où je me trouvais, j’apercevais le panneau de signalisation routière : tout droit, Fallowfield, à gauche, Trafford, à droite, interdit sauf pour les bus.
Donc, tout cela est bien beau, mais quid de la nourriture ? Et bien j’ai eu le plaisir de tomber sur un spécimen typique de l’effort hybride de la proposition italienne dans le Nord : des plats méditerranéens d’inspiration, guère plus italiens que vous ou moi, mais agréables au palet. En entrée une assiette limitée de charcuterie, salami, un tout petit peu de jambon de parme, du chorizo, deux tranches d’un très bon pain et des olives. On trouve aussi au menu des salades, assez diverses et semble-t-il réussies. Puis la pizza, l’exemple parlant d’une mutation pas trop ratée dans l’espace : la forme est ronde mais étroite, le tout tient dans une petite assiette à hors d’œuvres, mais la pâte sans être épaisse est ultra nourrissante. La garniture est italianisante, bouts de parmesan, ou légumes en tranches, jambon pour moi, et salade, de la roquette, un fragment de vérité dans un costume policé. Le tout est recouvert d’huile d’olive. Ce n’est pas mauvais. On se sent détendu, les prix sont loin d’être scandaleux. C’est très nouvelle bourgeoisie flexible – soit pas l’industrielle – et le menu le reflète, car si j’ai choisi la pizza ‘parma’, c’était bien la seule avec la marguerita à se revendiquer des parents, fussent-ils lointains ; pas de regina, de quatro stagioni, de pizza alla toscana, alla napoletana, calabrese, siciliana, non, mais à l’américaine, à la grecque, au poisson, ce genre de chose. Le vin au verre est honnête, relativement parlant, et j’ai pu avoir un véritable expresso à la fin du repas.
Je me félicite de cette avancée gastronomique, et je garde en mémoire à titre de comparaison une pizza berlinoise – l’Allemagne est l’autre pays pour lequel je nourris une méfiance ancienne envers ses greffes italiennes – observée cet été non loin de check point Charlie, avec stupeur, les piments placés entier sur une pâte matefaim, à moitié grillés à moitié crus, ayant déversé leur eau en deçà.
J’ai toujours eu de terribles préjugés sur les restaurants italiens en Angleterre. Enfin je dis en Angleterre, mais ça vaut aussi pour le pays de Galles, où j’ai récemment mangé un des plus mauvais repas de ma vie – mais je laisse la réflexion se prolonger encore quelque peu sur ce moment fondateur – et l’Ecosse, où je dois avouer avoir été impressionné il y a peut-être deux ans par des moules cuisinées dans un rouge bouillon de tomates et oignons – de la tablée deux d’entre nous avaient opté pour une entrée, et mon voisin m’assura que ses moules à la crème étaient un régal, d’ailleurs à la vue j’étais jaloux – et une pizza parfaite dans cette bonne ville de Glasgow, que j’avais il y a six mois seulement désignée comme l’élue de mon cœur aventurier – je ne fais pas d’aventures hors de l’Europe pour le moment.
Je ne suis pas retourné à Glasgow, personne ne voulait m’y employer alors merde. Mais quand j’étais petit, il me semble bien avoir été dans au moins un restaurant non loin de la Tyne, qui existe toujours d’ailleurs, ce n’est pas dans Grey Street, mais la rue qui tombe parallèle et tournante sur le fleuve. Et c’était pas bon, non, je me souviens que ce n’était pas bon. Les habitants du Nord de l’Angleterre, pour la plupart, certainement il y a quinze ans ne connaissaient guère la cuisine continentale. Je n’inclus pas mon père naturellement, même si après tout il doit être tenu responsable, c’est lui qui m’avait traîné là. Il paya rudement la mauvaise adresse, car je nous amenais par la suite capricieusement et pendant de nombreuses années à « pizza hut », avant que ce goût ne passe. Presque. Bref. Avec un nom exotique, à consonance italienne, on pouvait faire ingurgiter les plats les plus infâmes aux béotiens de mon second pays. Les temps ont changé, le pays s’est, en partie, enrichi, et des hordes de cadres parfumés gagnant véritablement des sommes stupéfiantes pour nous autres derrière le masque de leur persona poursuivent le soir leur vie palpitante dans d’innombrables restaurants aux menus plus invraisemblablement chers les uns que les autres. Les restaurants italiens, entre autres, font leur affaire, et on en trouve sans difficulté. Bien entendu, je suis toujours rétif à l’idée de manger dans un restaurant italien dans cette contrée, mais il se trouve que l’offre culinaire à Chorlton, pour ce qui concerne les restaurateurs car on trouve des bouchers dans ce quartier et même, grand luxe de Manchester, un poissonnier, reste limitée ; comme samedi affichait une heure, et que je n’avais pas mangé la veille au soir, pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté et dont la lourde responsabilité repose sur des épaules autres que les miennes, je ne pensais qu’à manger en cette belle matinée, j’en avais rêvé, pour dire vrai, toute la nuit. Or nous nous souvînmes qu’un restaurant d’appellation italienne nous avait été recommandé par le passé, nous l’avions cherché un temps sans succès. Rien d’étonnant à cela, c’est de loin une courbe blanche qui laisse présager un grand « fish and chips », ou des bureaux d’experts-comptables anonymes. Affamé, je remarque un signe bleuté, « chroma », au dessus de la véranda blanche aux vitres obscures. J’ai entendu depuis de sources populaires qu’il s’agissait d’une chaîne. Une chaîne limitée, que m’a-t-on dit déjà, deux restaurants à Manchester, et un à Boston ? Une connexion exécutive avec Pizza express ? Quoiqu’il en soit, l’intérieur est spacieux, des poutres au plafond, beaucoup de blanc, des tables très neutres, nappes blanches, verres à vins au format classique, service sympathique… Le fait est que les restaurants britanniques peuvent être très bruyants, voilà, comme les pubs. Or manger dans les hurlements de ta conversation et bien ça coupe l’appétit.
Ici, c’est calme. En tous les cas un samedi à une heure. On nous propose une jolie place près de la baie vitrée qui donne sur la route. Son nom je ne le connais pas, mais d’où je me trouvais, j’apercevais le panneau de signalisation routière : tout droit, Fallowfield, à gauche, Trafford, à droite, interdit sauf pour les bus.
Donc, tout cela est bien beau, mais quid de la nourriture ? Et bien j’ai eu le plaisir de tomber sur un spécimen typique de l’effort hybride de la proposition italienne dans le Nord : des plats méditerranéens d’inspiration, guère plus italiens que vous ou moi, mais agréables au palet. En entrée une assiette limitée de charcuterie, salami, un tout petit peu de jambon de parme, du chorizo, deux tranches d’un très bon pain et des olives. On trouve aussi au menu des salades, assez diverses et semble-t-il réussies. Puis la pizza, l’exemple parlant d’une mutation pas trop ratée dans l’espace : la forme est ronde mais étroite, le tout tient dans une petite assiette à hors d’œuvres, mais la pâte sans être épaisse est ultra nourrissante. La garniture est italianisante, bouts de parmesan, ou légumes en tranches, jambon pour moi, et salade, de la roquette, un fragment de vérité dans un costume policé. Le tout est recouvert d’huile d’olive. Ce n’est pas mauvais. On se sent détendu, les prix sont loin d’être scandaleux. C’est très nouvelle bourgeoisie flexible – soit pas l’industrielle – et le menu le reflète, car si j’ai choisi la pizza ‘parma’, c’était bien la seule avec la marguerita à se revendiquer des parents, fussent-ils lointains ; pas de regina, de quatro stagioni, de pizza alla toscana, alla napoletana, calabrese, siciliana, non, mais à l’américaine, à la grecque, au poisson, ce genre de chose. Le vin au verre est honnête, relativement parlant, et j’ai pu avoir un véritable expresso à la fin du repas.
Je me félicite de cette avancée gastronomique, et je garde en mémoire à titre de comparaison une pizza berlinoise – l’Allemagne est l’autre pays pour lequel je nourris une méfiance ancienne envers ses greffes italiennes – observée cet été non loin de check point Charlie, avec stupeur, les piments placés entier sur une pâte matefaim, à moitié grillés à moitié crus, ayant déversé leur eau en deçà.
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mercredi 7 février 2007
Bangers and Mash.
Vers trois heures de l’après-midi, comme le ciel s’assombrissait déjà, les idées fumeuses et le cœur léger, mon journal épais sous le bras, je m’assis au « bar », un pub en vogue de Chorlton, ce quartier à la réputation artistique de Manchester, que Hulme aux dires de la rue serait en train de lui subtiliser à l’heure où j’écris, et je regardai le tableau noir. J’étais venu une fois, par le passé, au jour du seigneur, le dimanche que les fêtards débutent tardivement, bien après la clôture des messes matinales, raison pour laquelle la Grande-Bretagne a créée le « Sunday lunch », le repas dominical des restaurateurs offerts à bon prix de midi à sept heures. Les plats du jour tournaient autour du bœuf : genre steak sirloin avec des légumes… Je me méfiai, assez illogiquement, car j’étais déjà venu manger au bar au mois de décembre, et je restai sur une mauvaise impression tirée de deux tranches d’agneau alors qu’enrhumé je ne goûtais rien. Quoi de plus terrible que la perte du palet ? Bien des choses certainement, néanmoins, je la classe dans les grands indésirables. J’ai dû requérir de ma mère une oie pour ce noël, afin de surmonter la déception qu’entraîna un rhume malheureux en l’année 2004 alors que nous avions mis au four un membre de cette race exquise. Quoiqu’il en soit, j’optai ce dimanche pour un grand classique du menu, une clef de voûte de la cuisine britannique, le célèbre « Bangers and Mash ». Le plat consiste en des saucisses, britanniques, une traite en soi, du moins théoriquement, et de la purée, ou plutôt sa version pauvre, les « mash potatotes » soit des pommes de terre bouillies écrasées avec une noix de beurre. Personnellement, je préfère la purée ainsi, sans lait, quoique derrière les fourneaux je rajouterai immanquablement un demi pot de crème fraîche. Bref, le tout se doit de baigner dans une sauce brune, une « gravy » sanguine dans laquelle on a le bonheur de tremper l’ensemble. Une fois le journal parcouru, les « cafés latte » bus – l’Italie reste la référence marketing du café qui s’est tout de même indéniablement amélioré malgré ou peut-être grâce à l’invasion liquide de Starbuck - nos plats arrivèrent. Bien m’en avait pris de ne pas opter pour l’option végétarienne du jour ! Je dis cela en coin car de visu je m’enquérais, innocent, de la mangeabilité d’un étonnant filet de polenta enrobé de pâte servi avec ses petits légumes bouillis… Cela étant dit le végétarien est souvent accommodant avec sa gamelle dans la mesure où il n’y a pas de bouillon de porc dans la sauce ou autres tranches de jambons malicieusement conservés dans le croque monsieur belge. Par contre, mon plat, peu généreux aurais-je dis, arborait quatre belles saucisses brûlées à point (c'est-à-dire pas trop), sur une trop fine couche de purée. Les tubes de chair porcine s’avérèrent délicieux, véritablement, ce que l’on expliquera par leur origine fermière comme il était stipulé sur la carte, et j’oubliais un instant le manque de purée. Fameuse « bangers and mash » ! Je noyai le tout d’une pinte de « White Monk ». Et bientôt il était temps de repartir, de relancer la Peugeot 205 sur la M62 en direction de Liverpool et de mes nouveaux quartiers.
Vers trois heures de l’après-midi, comme le ciel s’assombrissait déjà, les idées fumeuses et le cœur léger, mon journal épais sous le bras, je m’assis au « bar », un pub en vogue de Chorlton, ce quartier à la réputation artistique de Manchester, que Hulme aux dires de la rue serait en train de lui subtiliser à l’heure où j’écris, et je regardai le tableau noir. J’étais venu une fois, par le passé, au jour du seigneur, le dimanche que les fêtards débutent tardivement, bien après la clôture des messes matinales, raison pour laquelle la Grande-Bretagne a créée le « Sunday lunch », le repas dominical des restaurateurs offerts à bon prix de midi à sept heures. Les plats du jour tournaient autour du bœuf : genre steak sirloin avec des légumes… Je me méfiai, assez illogiquement, car j’étais déjà venu manger au bar au mois de décembre, et je restai sur une mauvaise impression tirée de deux tranches d’agneau alors qu’enrhumé je ne goûtais rien. Quoi de plus terrible que la perte du palet ? Bien des choses certainement, néanmoins, je la classe dans les grands indésirables. J’ai dû requérir de ma mère une oie pour ce noël, afin de surmonter la déception qu’entraîna un rhume malheureux en l’année 2004 alors que nous avions mis au four un membre de cette race exquise. Quoiqu’il en soit, j’optai ce dimanche pour un grand classique du menu, une clef de voûte de la cuisine britannique, le célèbre « Bangers and Mash ». Le plat consiste en des saucisses, britanniques, une traite en soi, du moins théoriquement, et de la purée, ou plutôt sa version pauvre, les « mash potatotes » soit des pommes de terre bouillies écrasées avec une noix de beurre. Personnellement, je préfère la purée ainsi, sans lait, quoique derrière les fourneaux je rajouterai immanquablement un demi pot de crème fraîche. Bref, le tout se doit de baigner dans une sauce brune, une « gravy » sanguine dans laquelle on a le bonheur de tremper l’ensemble. Une fois le journal parcouru, les « cafés latte » bus – l’Italie reste la référence marketing du café qui s’est tout de même indéniablement amélioré malgré ou peut-être grâce à l’invasion liquide de Starbuck - nos plats arrivèrent. Bien m’en avait pris de ne pas opter pour l’option végétarienne du jour ! Je dis cela en coin car de visu je m’enquérais, innocent, de la mangeabilité d’un étonnant filet de polenta enrobé de pâte servi avec ses petits légumes bouillis… Cela étant dit le végétarien est souvent accommodant avec sa gamelle dans la mesure où il n’y a pas de bouillon de porc dans la sauce ou autres tranches de jambons malicieusement conservés dans le croque monsieur belge. Par contre, mon plat, peu généreux aurais-je dis, arborait quatre belles saucisses brûlées à point (c'est-à-dire pas trop), sur une trop fine couche de purée. Les tubes de chair porcine s’avérèrent délicieux, véritablement, ce que l’on expliquera par leur origine fermière comme il était stipulé sur la carte, et j’oubliais un instant le manque de purée. Fameuse « bangers and mash » ! Je noyai le tout d’une pinte de « White Monk ». Et bientôt il était temps de repartir, de relancer la Peugeot 205 sur la M62 en direction de Liverpool et de mes nouveaux quartiers.
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