Situé idéalement au dessus de la plage de Portissol, je m'étais dit que le bardo qui a ouvert il y a quelques années ne pouvait être qu'un attrape touristes. Et bien non, c'est vraiment pas mal, je dois le reconnaître. Très copieux beignets de morue servis avec une sauce aux avocats et une petite sauce tomate épicée, puis carré d'agneau aux herbes, cuisinés en rack (présenté avec un énorme bouquet d'herbe que le client n'a pas le droit d'emporter), accompagné de riz et légumes citronés, et lotte grillé aux figatelles et boulettes de blé et légumes (il m'a semblé), le tout fini par un excellent café (ça devient de plus en plus rares les cafés de qualité).
Verdict: très bien
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lundi 6 septembre 2010
L'endroit pizzeria, Sanary
Une calzone sans jambon ça existe? Non, il est tellement évident que la calzone vient avec jambon que le menu ne l'indique pas dans les ingrédients. Mais avec sang-froid dans une salle bondée qui l'avait pris de court en cette veille de rentrée scolaire, le personnel nous la change en souriant, pour une calzone donc, très belle, sans jambon.
Verdict: bien
Le perroquet, Cassis
Un dimanche de fin du mois d'août ensoleillé à Cassis, on pouvait être sûr de ne pas être seuls sur le port... Côté nourriture, des dizaines de restaurants tous plus colorés et douteux les uns que les autres... Finalement, nous essayons le perroquet, un établissement multi-fonction: crèpes, pizzas, brasserie... Crèpe certes bien loin de la Bretagne mais mangeable, et un des plats du jours, après avoir écarté le poulpe en sauce tomate, c'est le porc en sauce tomate, servi avec des pâtes ce qui est logique. Celles-ci étaient trop cuites et trop salées, mais le ragoût de porc était très bon, arrosé avec un peu de rosé, le tout pour une somme très acceptable.
Verdict: bof + "à 100 mètres de la grande plage, vue sur le port et le boulodrome"
mardi 26 août 2008
Pâtes au ragout de sèche.
Coupez le blanc de sèche en lamelles. Faîtes revenir 5mn dans de l’huile d’olive, ajoutez les oignons et l’ail, faîtes dorer. Ajoutez alors un coulis de tomates, du persil, sel et poivre, un verre de vin blanc, laissez mijoter ½ heure. Servir avec les pâtes de votre choix.
samedi 23 août 2008
Sèches farcies
Ah ah ah ah ah ah ah ah. Pour réaliser une recette de sèches farcies à la façon des Pouilles, ou d’ailleurs pour n’importe quelle recette de sèche, il faut commencer par accepter que le poissonnier vous les nettoie…J’étais un sorcier, penché sur une eau noire qui semblait intarissable.
mercredi 20 août 2008
La Coudoulière
Alors que Philippe B. sortait sa planche (à sauts) de l’eau, Sabine D.B. passait me prendre, et nous nous rendions à la Coudoulière, qui se trouve sur la route menant au Brusc. Il ne doit pas y avoir trente six mille restaurants à la Coudoulière, sur la corniche de la Coudoulière.
Ardoise : c’est le terme ici consacré à une planche d’antipasti, couleurs provençales et orientales.
Wok de poulet,
Ravioles aux épinards (ce n’était pas des ravioles le nom m’échappe)
Filets de dorade à la marocaine, c'est-à-dire aux épices et aux légumes de saison.
Rosé.
Ardoise : c’est le terme ici consacré à une planche d’antipasti, couleurs provençales et orientales.
Wok de poulet,
Ravioles aux épinards (ce n’était pas des ravioles le nom m’échappe)
Filets de dorade à la marocaine, c'est-à-dire aux épices et aux légumes de saison.
Rosé.
dimanche 17 août 2008
Caténaire arraché - Paris Toulon en huit heures
C'était le retour à mes très lointains souvenirs de corail Paris Provence. Je me lève tôt, place assise, dans le sens de la marche, mais au bout d'une rangée inférieure. Bon, je bois trop de café dès avant le départ et je ne renonce pas.
Il y a du monde, je lis un peu Raymond Williams quand j'ai la force, et j'écoute des voix aux timbres légers, au gré de discussions insaisissables. Marseille passée, déjà on anticipe son après-midi. Puis pof, rupture de caténaire, dieu sait ce que c'est, on nous a pas dit, et on reste bloqué avec tout le reste du traffic pendant quatre heures quelque part près d'Aubagne - il me semble que c'est de là que vient Monetti et ses recettes.
L'arrivée à Toulon est houleuse, avant mon repêchage.
Roti de saumon farci aux coquilles St Jacques, Riz.
Salade,
camembert Isigny St Mère,
une prune verte.
P.S: Une ligne aérienne de traction électrique est appelée:
ligne de contact lorsqu'elle ne comporte qu'un ou deux fils de contact (F.C.) ;
caténaire du latin caténa (chaîne) lorsqu'elle est constituée d'un ou de deux fils de contact suspendu(s) par des pendules à un ou deux porteur(s), la tension mécanique du (ou des) conducteur(s) pouvant être maintenue constante (régularisation) ou non.
L'ensemble est constitué de conducteur en cuivre, destiné à l'alimentation des trains électriques
(crédit: www.techno-science.net)
Il y a du monde, je lis un peu Raymond Williams quand j'ai la force, et j'écoute des voix aux timbres légers, au gré de discussions insaisissables. Marseille passée, déjà on anticipe son après-midi. Puis pof, rupture de caténaire, dieu sait ce que c'est, on nous a pas dit, et on reste bloqué avec tout le reste du traffic pendant quatre heures quelque part près d'Aubagne - il me semble que c'est de là que vient Monetti et ses recettes.
L'arrivée à Toulon est houleuse, avant mon repêchage.
Roti de saumon farci aux coquilles St Jacques, Riz.
Salade,
camembert Isigny St Mère,
une prune verte.
P.S: Une ligne aérienne de traction électrique est appelée:
ligne de contact lorsqu'elle ne comporte qu'un ou deux fils de contact (F.C.) ;
caténaire du latin caténa (chaîne) lorsqu'elle est constituée d'un ou de deux fils de contact suspendu(s) par des pendules à un ou deux porteur(s), la tension mécanique du (ou des) conducteur(s) pouvant être maintenue constante (régularisation) ou non.
L'ensemble est constitué de conducteur en cuivre, destiné à l'alimentation des trains électriques
(crédit: www.techno-science.net)
lundi 31 mars 2008
Ouste ouste ouste, Albert Dock, Liverpool.
Situé à l'angle nord ouest des Albert Docks, le restaurant Est Est Est, propose une gamme de plats italianisants. Je me rappelle une arrivée à John Lennon Airport, suivie d’une bière et quelque plat sous le soleil du nord. Mais, cette fois, tout démarre mal. On nous assoit dans le restaurant à moitié vide à la plus mauvaise table de l’endroit, au bord d’escaliers tombant, à deux pas des cuisines ouvertes, encore une fois, où meuglent les employés au fort accent scouse. Nous commandons juste deux pizza ("what can I get for you guys ?"). Les produits sont bons ("enjoy!"), le tout semble plutôt réussi, sinon que s’ajoute à ma liste magnifique un trophée éclatant : ma belle pizza servie sur un large plan en bois, est toute d’apparence ; il lui manque des pans entiers de pâte sous la garniture, une première dans la confection des pizza, la pizza à trous.
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lundi 11 février 2008
Vanzetti, Chorlton, Manchester
Ah ! Niché au cœur de cette longue métaphore filée que semble poursuivre, du moins en partie, ce journal culinaire, et que certains de ses lecteurs les plus assidus – ils ne sont pas nombreux – n’auront pas manqué de remarquer, et qui vient inlassablement relancer ce désir profondément ancré dans mon inconscient, imprimer à nouveau ces marques indélébiles de ma jeunesse, Vanzetti, petit restaurant ayant enseigne sur Wilbraham Road à Chorlton cum Hardy, dans le Lancashire, est venu ce samedi joliment me repaître de l’inefficacité légendaire des restaurants italiens britanniques. Peut-être aurez-vous noté, silencieux lecteur, que la dernière fois que j’eus le malheur d’entrer dans un tel établissement, c’était à Londres, dans des conditions particulières, et je mangeai comme un roi. Mais cette fois, the odds were back on the track, et malgré un menu honorable, une vilaine devanture – un flou grisâtre qui est à la mode et qui ne doit pas influencer le gourmet, Palmiro, non loin, possède le même front repoussant, mais produit pourtant une belle cuisine italienne –, il me fallut une heure, une heure entière, dans une salle avec quarante clients, et au moins trois cuisiniers – les cuisines ouvertes sont à la mode aussi, d’ailleurs, à dix mètres, on trouve à l’étage un sérieux concurrent de Vanzetti, le nom m’échappe - , ayant renoncé après une demi-heure à prendre une entrée – mon choix portait sur des calamari fritti dont je ne peux rapporter la qualité, tant pis –, une heure donc pour obtenir, à moitié ivre car j’avais englouti à ce stade l’essentiel de la bouteille de vin, une pizza qui sans pouvoir rivaliser avec la sincère médiocrité de ce bouge berlinois (voir "l'Italie de loin", février 2007), vint combler avec aisance mes a priori les plus ambigus. C’est d’ailleurs un sujet à part entière que je ne traiterai pas ici : ce n’est pas que fondamentalement ce soit mauvais, mais ça ressemble plus à une galette de blé horriblement assortie qu’à la pizza italienne, qu’elle soit de Naples, de Rome, ou même une pissaladière de Provence. C’est la pizza britannique, loin du tout organique tant cité dans les journaux locaux, avec une pâte indépendante et un sourire faux comme une fin du spectacle au théâtre André Malraux.
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dimanche 20 janvier 2008
Felicini, Didsbury, Manchester
Saumon aux câpres et crostini (un et demi pour être exact), pizza réussie, mozarella, œuf, épinard, olives, lamb shack, avec des haricots verts, croustillants, parsnips, purée de quelque chose, très réussie, Yorkshire puddings, et une gravy un peu pâteuse, seul bémol à cette nourriture stabilisante.
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dimanche 16 décembre 2007
Il cane di terracotta
Quand je suis chez moi le dimanche matin, je prends le temps, un peu de temps, de savourer il cane di terracotta, de Andrea Camilleri. Le héros type est parfait, Montalbano, homologue de l’auteur de policiers espagnols, où comme le soulignait très justement Barbara Czarniawska, se mêlent également la singularité d’un lieu et d’une population localisée, la Sicile ici, et la généralité de son évocation littéraire, reprise en quelque sorte à l’identique à Edinburgh (Ian Rankin et John Rebus), en Suède (Irvin Mankell), en Italie (Michael Dibdin et Aurélio Zen) etcetera…
Montalbano a une cinquantaine d’années, sa vie sentimentale est suffisamment vaporeuse, et il adore manger. Que mange le commissaire Montalbano ?
« Nel frigorifero trovò pasta fredda con pomodoro, vasalicò e passuluna, olive nere, che mandava un profumo d’arrisbigliare un morto, e un secondo piatto d’alici con cipolla e aceto : Montalbano usava affidarsi interamente alla fantasia culinaria ma gustosamente popolare d’Adelina, la cammarera, la fìmmina di casa che una volta al giorno veniva a dargli adenzia, madre di due figli irrimedibimente delinquenti, uno dei quali stava encora in galera per merito suo…
Pigliò le pietanze, una bottiglia di vino, il pane, addrumò il televisore, s’assistimò a tavola. Gli piaceva mangiare da solo, godersi i bocconi in silenzio, fra i tanti legami che lo tenevano a Livia c’era magari questo, che quando mangiava non rapriva la bocca. Pensò che in fatto di gusti egli era più vicino a Maigret che a Pepe Carvalho, il protagonista dei romanzi di Montalbàn, il quale s’abbuffava di piatti che avrebbero dato focco alla panza di un squalo. » (A Camilleri, Il cane di terracotta, Sellerio editore Palermo, 1996)
Il ressemble pour les goûts culinaires surtout à Maigret ? Et oui, c’est vrai, mais pas seulement. En tout cas, il ressemble pas à Nietzsche (voir S. Zweig).
Montalbano a une cinquantaine d’années, sa vie sentimentale est suffisamment vaporeuse, et il adore manger. Que mange le commissaire Montalbano ?
« Nel frigorifero trovò pasta fredda con pomodoro, vasalicò e passuluna, olive nere, che mandava un profumo d’arrisbigliare un morto, e un secondo piatto d’alici con cipolla e aceto : Montalbano usava affidarsi interamente alla fantasia culinaria ma gustosamente popolare d’Adelina, la cammarera, la fìmmina di casa che una volta al giorno veniva a dargli adenzia, madre di due figli irrimedibimente delinquenti, uno dei quali stava encora in galera per merito suo…
Pigliò le pietanze, una bottiglia di vino, il pane, addrumò il televisore, s’assistimò a tavola. Gli piaceva mangiare da solo, godersi i bocconi in silenzio, fra i tanti legami che lo tenevano a Livia c’era magari questo, che quando mangiava non rapriva la bocca. Pensò che in fatto di gusti egli era più vicino a Maigret che a Pepe Carvalho, il protagonista dei romanzi di Montalbàn, il quale s’abbuffava di piatti che avrebbero dato focco alla panza di un squalo. » (A Camilleri, Il cane di terracotta, Sellerio editore Palermo, 1996)
Il ressemble pour les goûts culinaires surtout à Maigret ? Et oui, c’est vrai, mais pas seulement. En tout cas, il ressemble pas à Nietzsche (voir S. Zweig).
mardi 11 décembre 2007
Connexion londonienne.
Il y avait du monde à Londres. C’était la fête. Le vendredi midi, à peine arrivés, dans un café à l’allure honnête du côté de West Kensington, penne aldante au pesto fait maison pour "the birthday girl", haddock and chips, petit pois traditionnels pour l’omnivore, verres de sauvignon blanc. Après Baselitz, un éblouissement dans la cohue, dîner chez timo, 343 Kensington High Street, métro Olympia. Bocconcini, affettato misto, puis risotto au pecorino, Petto d’anatra au choux et à l’orange, et enfin tiramisu, caffè corretto. Un repas de première catégorie, mangé d’un pas lent.
Le lendemain nous avons retrouvé Pierre et Roberto, Cyril et Magalie. Des propositions froides aux convives du soir, il fallait surtout s’attaquer à la confiture de potiron au gingembre faite maison par Roberto, et aux figatelles et saucisson corse que Pierre ramène de Paris via des connections familiales. Nous en mangions encore au retour de la fête, l’assemblée disparue.
Le lendemain nous avons retrouvé Pierre et Roberto, Cyril et Magalie. Des propositions froides aux convives du soir, il fallait surtout s’attaquer à la confiture de potiron au gingembre faite maison par Roberto, et aux figatelles et saucisson corse que Pierre ramène de Paris via des connections familiales. Nous en mangions encore au retour de la fête, l’assemblée disparue.
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lundi 3 décembre 2007
vendredi 23 novembre 2007
La Vina, Deansgate, Manchester
A la fin du dernier cours de l’alliance française portant sur l’art français depuis Courbet jusqu'à Gauguin, le petit groupe se rendit au restaurant espagnol la Vina, une chaîne de tapas, sur Deansgate, une rue aisée et commerçante de Manchester. Calamares, Chorizo au vin, petits poissons panés, patatas bravas, tortilla, et le très bon vin blanc et rouge de la maison. C’est bien, mais il ne faut pas avoir trop faim, ou avoir un portefeuille bien garni. Entre temps, l’équipe de Football d’Angleterre décevait ses nombreux supporters amassés dans les pubs avoisinants en s’inclinant devant la Croatie à la maison (3-2), par là même s’évinçant du prochain euro.
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jeudi 8 novembre 2007
Piccolino, Victoria Street, Liverpool ?
J'ai eu vent d'un nouveau mauvais restaurant italien, ici à Liverpool, en Angleterre. Je rapporte les jolis mots de Samia qui en ont dessinés les contours : «Nous étions l'autre soir au resto italien le Piccolino Cook Street, resto grande classe mais un peu décevant... Le carpaccio baignait certes dans l’huile d’olive avec une large plaquette de parmesan, mais il n'avait pas de goût. En plat principal, les légumes (aubergines et fenouil) qui accompagnaient mon poisson (lotte)un peu filandreux n’avaient pas de saveur, ou plutôt un goût de flotte, du style je sors les légumes du congélateur et hop on les arrose d’une sauce tomate pour leur donner un peu de tenue. Par contre, le foie de veau de mon ami était délicieux, mais les pommes de terre sautées avaient l’air grasses et flétries. Heureusement, le tiramisu et le vin français sauvent l’honneur». Et bien je ne connais pas l’endroit, mais on peut être sûr que, la rumeur venant confirmer mes théories, je me garderai bien d’y mettre les pieds, encore que, un goût maladif m'ayant déjà égaré, je sois tout à fait capable de me laisser aiguiller une nouvelle fois vers une illusion du sud.
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vendredi 5 octobre 2007
Valvona & Crolla
Pour l’anniversaire de mon père, à la fin du mois d’août de l’année 2007, j’ai quitté la Méditerranée, la plage et le soleil, pour gagner le Nord, sec et frais, et Newcastle-upon-Tyne. Le soir même, Malcolm avait préparé un canard, entier, servi avec des légumes, que l’on accompagna d’un St Julien 1998.
Le lendemain, nous gagnions Edinburgh par le train.
Il faut compter une heure et quarante minutes pour gagner Edinburgh de Newcastle par le train. Pour une raison obscure et ancienne, je suis resté persuadé pendant longtemps qu’il fallait trois longues heures pour accomplir ce trajet. Mais cette fois je suis convaincu. Comme le paysage est absorbant, bordant la mer, par grand beau temps, c’est à peine si j’ai eu le temps de lire, Il cane di terracotta, de Andrea Camilleri, un livre que je parcours actuellement quand la matinée est légère, et qui accompagnait un très sérieux Nuit-Saint-Georges 1998, et un Corton 1999, qui m’attendaient depuis mon propre anniversaire plus tôt dans le mois.
C’était la fin du festival. On a visité l’exposition Warhol. Et puis on est allé manger dans le restaurant établi de la fameuse épicerie italienne Valvona & Crolla. Au premier étage, au milieu de personnes bien habillées, de jolis serveurs, avec un petit rayon de soleil, nous avons pu goûter au difficile alliage des produits du nord avec une cuisine méditerranéenne résolue. Après quelques olives, je mangeai un steak de cerf à point sur son lit de légumes : haricot, betteraves (si si…) C’était très bon, surtout la viande, les légumes craquants, et très cher.
L’épicerie en soi est un long couloir, qui se trouve à une quinzaine de minutes à pied du restaurant. Les produits sont étagés jusqu’au plafond à bien trois mètres de hauteur. C’est dur de ne pas se laisser tenter. Je suis toutefois resté sage, et je n’ai mis dans ma besace que des orechiette, un paquet de pâtes qui forment de larges boucles (chez la molisana), et des biscuits secs, contucci di mandorla, pour poser au bord des tasses à café.
Le soir, avant de repartir, on avait évoqué l’idée de manger au Oyster bar . Mais sortant d’une petite salle des galeries nationales abritant sept tableaux pour les sept sacrements de Poussin, je tombais sur mon ami Ruairidh, en artiste bohême, qui revenait à peine d’un long séjour en Inde, et qui cherchait les toilettes. Il apparut qu’il s’efforçait cette semaine de gagner trois sous en découpant aux ciseaux les profils des touristes devant le musée. Je parvins à le récupérer, et nous allâmes boire une Guiness ou deux dans la ville médiévale. Le temps avait filé, et quand j’arrivai au Café Royal, il était trop tard pour s’attabler. Aussi, à la gare, j’ai commandé un Whopper with cheese, pour assurer mon dîner et le maintien des traditions.
Le lendemain, nous gagnions Edinburgh par le train.
Il faut compter une heure et quarante minutes pour gagner Edinburgh de Newcastle par le train. Pour une raison obscure et ancienne, je suis resté persuadé pendant longtemps qu’il fallait trois longues heures pour accomplir ce trajet. Mais cette fois je suis convaincu. Comme le paysage est absorbant, bordant la mer, par grand beau temps, c’est à peine si j’ai eu le temps de lire, Il cane di terracotta, de Andrea Camilleri, un livre que je parcours actuellement quand la matinée est légère, et qui accompagnait un très sérieux Nuit-Saint-Georges 1998, et un Corton 1999, qui m’attendaient depuis mon propre anniversaire plus tôt dans le mois.
C’était la fin du festival. On a visité l’exposition Warhol. Et puis on est allé manger dans le restaurant établi de la fameuse épicerie italienne Valvona & Crolla. Au premier étage, au milieu de personnes bien habillées, de jolis serveurs, avec un petit rayon de soleil, nous avons pu goûter au difficile alliage des produits du nord avec une cuisine méditerranéenne résolue. Après quelques olives, je mangeai un steak de cerf à point sur son lit de légumes : haricot, betteraves (si si…) C’était très bon, surtout la viande, les légumes craquants, et très cher.
L’épicerie en soi est un long couloir, qui se trouve à une quinzaine de minutes à pied du restaurant. Les produits sont étagés jusqu’au plafond à bien trois mètres de hauteur. C’est dur de ne pas se laisser tenter. Je suis toutefois resté sage, et je n’ai mis dans ma besace que des orechiette, un paquet de pâtes qui forment de larges boucles (chez la molisana), et des biscuits secs, contucci di mandorla, pour poser au bord des tasses à café.
Le soir, avant de repartir, on avait évoqué l’idée de manger au Oyster bar . Mais sortant d’une petite salle des galeries nationales abritant sept tableaux pour les sept sacrements de Poussin, je tombais sur mon ami Ruairidh, en artiste bohême, qui revenait à peine d’un long séjour en Inde, et qui cherchait les toilettes. Il apparut qu’il s’efforçait cette semaine de gagner trois sous en découpant aux ciseaux les profils des touristes devant le musée. Je parvins à le récupérer, et nous allâmes boire une Guiness ou deux dans la ville médiévale. Le temps avait filé, et quand j’arrivai au Café Royal, il était trop tard pour s’attabler. Aussi, à la gare, j’ai commandé un Whopper with cheese, pour assurer mon dîner et le maintien des traditions.
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mercredi 7 mars 2007
L'importation de soleil
L’importation de soleil
Il est indéniable que le temps est bien meilleur à Liverpool qu’à Manchester. Les nuages ayant traversé l’Irlande, galopent rapides à l’intérieur des terres, s’effaçant des côtes à intervalles irréguliers pour rejoindre le bas du Peak district, la plaine mancunienne où ils s’arrêtent alors contents, bas sur les toits. Néanmoins, force est de constater qu’entre le climat provençal et le ciel de Liverpool, la différence reste grande. Aussi, pour me rappeler sinon mon pays, celui de ma mère, j’ai conduit avec moi, à l’octobre 2006, un sac bourré d’herbes cueillies au bas des collines, à Sanary-sur-mer, là où les intérêts de l’immobilier ne prévalent pas encore. J’avais pris le vélo de course de mon oncle Gérard. Je n’étais pas monté sur un vélo depuis bien longtemps, je crois que cela remontait à peut-être cinq ans, du côté de Montparnasse, et j’en étais tombé. J’ai donc eu mal aux mollets ; pourtant je ne suis allé ni trop loin, ni trop haut ; et puis j’ai eu mal aux fesses, après. Dans ma belle voiture, la sanaryenne du garage des estivales, j’ai remonté l’Angleterre dans une forte odeur de fenouil. Il n’est pas très beau, parce que c’était déjà la fin du mois de septembre, et cette année là il pleuvait, un peu. Mais il sent bon. Le fenouil, pour ce que j’en sais, accommode avant tout bienheureusement le poisson. Toute ma jeunesse durant, j’ai refusé obstinément, parfois à mes risques et périls, de manger du poisson. Et puis j’en suis revenu. J’ai à ce sujet une théorie, que j’ai relatée à mon invité, qui s’est aussitôt exclamé que ah, le poisson nature avec une simple noix de beurre ou un mince filet d’huile d’olive, c’est ainsi qu’il convient de l’apprêter... On a donc préparé les deux truites que j’avais achetées à Marks & Spencers avec économie. C’était samedi midi. Il y avait même un rayon de soleil. Mon père s’en est occupé, car je ne cuisine jamais de poisson; je garde juste le fenouil au cas où, pour m'y frotter parfois les narines avec volupté.
Dans une poêle, il déposa les deux bêtes, dûment recouvertes et percées de fenouil. Et puis, apparemment dans un geste qui pourrait porter à polémique, on ajouta un demi-verre de vin blanc, sicilien je crois. Et voilà, tout la pièce respirait la mer et le soleil. Au bas de mes fenêtres, je pensais voir la piscine verte, et au-delà les Ambiers, et le phare du Rouveau. Lorsqu’elles furent disposées à être mangées, par une manœuvre rendue délicate par l’absence d’outils appropriés, on fit glisser les truites sur le riz, qu’il s’imbibe de jus, et on ajouta les courgettes, bouillies.
Le lendemain, je remettais ça. J’avais acheté un bout de jambe, celui d’un agneau, à Chorlton, Manchester, et nous le préparâmes à la méthode Malcolm, un grand classique en guise de cuisine familiale, entaillé sous la peau et dans la chair, et là incrusté de morceaux d’ail. Je parsemai mon bout de viande de thym, non le mien qui comme son homologue marin est bon mais quelque peu laid, mais celui que ma grand-mère m'avait donné– ayant pitié sans doute de mes récoltes. Ah j’ai bien mangé. Et puis pour parfaire les choses, nous bûmes du bourgogne, ce qui change du BIG AUSSIE.
Il est indéniable que le temps est bien meilleur à Liverpool qu’à Manchester. Les nuages ayant traversé l’Irlande, galopent rapides à l’intérieur des terres, s’effaçant des côtes à intervalles irréguliers pour rejoindre le bas du Peak district, la plaine mancunienne où ils s’arrêtent alors contents, bas sur les toits. Néanmoins, force est de constater qu’entre le climat provençal et le ciel de Liverpool, la différence reste grande. Aussi, pour me rappeler sinon mon pays, celui de ma mère, j’ai conduit avec moi, à l’octobre 2006, un sac bourré d’herbes cueillies au bas des collines, à Sanary-sur-mer, là où les intérêts de l’immobilier ne prévalent pas encore. J’avais pris le vélo de course de mon oncle Gérard. Je n’étais pas monté sur un vélo depuis bien longtemps, je crois que cela remontait à peut-être cinq ans, du côté de Montparnasse, et j’en étais tombé. J’ai donc eu mal aux mollets ; pourtant je ne suis allé ni trop loin, ni trop haut ; et puis j’ai eu mal aux fesses, après. Dans ma belle voiture, la sanaryenne du garage des estivales, j’ai remonté l’Angleterre dans une forte odeur de fenouil. Il n’est pas très beau, parce que c’était déjà la fin du mois de septembre, et cette année là il pleuvait, un peu. Mais il sent bon. Le fenouil, pour ce que j’en sais, accommode avant tout bienheureusement le poisson. Toute ma jeunesse durant, j’ai refusé obstinément, parfois à mes risques et périls, de manger du poisson. Et puis j’en suis revenu. J’ai à ce sujet une théorie, que j’ai relatée à mon invité, qui s’est aussitôt exclamé que ah, le poisson nature avec une simple noix de beurre ou un mince filet d’huile d’olive, c’est ainsi qu’il convient de l’apprêter... On a donc préparé les deux truites que j’avais achetées à Marks & Spencers avec économie. C’était samedi midi. Il y avait même un rayon de soleil. Mon père s’en est occupé, car je ne cuisine jamais de poisson; je garde juste le fenouil au cas où, pour m'y frotter parfois les narines avec volupté.
Dans une poêle, il déposa les deux bêtes, dûment recouvertes et percées de fenouil. Et puis, apparemment dans un geste qui pourrait porter à polémique, on ajouta un demi-verre de vin blanc, sicilien je crois. Et voilà, tout la pièce respirait la mer et le soleil. Au bas de mes fenêtres, je pensais voir la piscine verte, et au-delà les Ambiers, et le phare du Rouveau. Lorsqu’elles furent disposées à être mangées, par une manœuvre rendue délicate par l’absence d’outils appropriés, on fit glisser les truites sur le riz, qu’il s’imbibe de jus, et on ajouta les courgettes, bouillies.
Le lendemain, je remettais ça. J’avais acheté un bout de jambe, celui d’un agneau, à Chorlton, Manchester, et nous le préparâmes à la méthode Malcolm, un grand classique en guise de cuisine familiale, entaillé sous la peau et dans la chair, et là incrusté de morceaux d’ail. Je parsemai mon bout de viande de thym, non le mien qui comme son homologue marin est bon mais quelque peu laid, mais celui que ma grand-mère m'avait donné– ayant pitié sans doute de mes récoltes. Ah j’ai bien mangé. Et puis pour parfaire les choses, nous bûmes du bourgogne, ce qui change du BIG AUSSIE.
mercredi 14 février 2007
L'Italie de loin
L'italie de loin
J’ai toujours eu de terribles préjugés sur les restaurants italiens en Angleterre. Enfin je dis en Angleterre, mais ça vaut aussi pour le pays de Galles, où j’ai récemment mangé un des plus mauvais repas de ma vie – mais je laisse la réflexion se prolonger encore quelque peu sur ce moment fondateur – et l’Ecosse, où je dois avouer avoir été impressionné il y a peut-être deux ans par des moules cuisinées dans un rouge bouillon de tomates et oignons – de la tablée deux d’entre nous avaient opté pour une entrée, et mon voisin m’assura que ses moules à la crème étaient un régal, d’ailleurs à la vue j’étais jaloux – et une pizza parfaite dans cette bonne ville de Glasgow, que j’avais il y a six mois seulement désignée comme l’élue de mon cœur aventurier – je ne fais pas d’aventures hors de l’Europe pour le moment.
Je ne suis pas retourné à Glasgow, personne ne voulait m’y employer alors merde. Mais quand j’étais petit, il me semble bien avoir été dans au moins un restaurant non loin de la Tyne, qui existe toujours d’ailleurs, ce n’est pas dans Grey Street, mais la rue qui tombe parallèle et tournante sur le fleuve. Et c’était pas bon, non, je me souviens que ce n’était pas bon. Les habitants du Nord de l’Angleterre, pour la plupart, certainement il y a quinze ans ne connaissaient guère la cuisine continentale. Je n’inclus pas mon père naturellement, même si après tout il doit être tenu responsable, c’est lui qui m’avait traîné là. Il paya rudement la mauvaise adresse, car je nous amenais par la suite capricieusement et pendant de nombreuses années à « pizza hut », avant que ce goût ne passe. Presque. Bref. Avec un nom exotique, à consonance italienne, on pouvait faire ingurgiter les plats les plus infâmes aux béotiens de mon second pays. Les temps ont changé, le pays s’est, en partie, enrichi, et des hordes de cadres parfumés gagnant véritablement des sommes stupéfiantes pour nous autres derrière le masque de leur persona poursuivent le soir leur vie palpitante dans d’innombrables restaurants aux menus plus invraisemblablement chers les uns que les autres. Les restaurants italiens, entre autres, font leur affaire, et on en trouve sans difficulté. Bien entendu, je suis toujours rétif à l’idée de manger dans un restaurant italien dans cette contrée, mais il se trouve que l’offre culinaire à Chorlton, pour ce qui concerne les restaurateurs car on trouve des bouchers dans ce quartier et même, grand luxe de Manchester, un poissonnier, reste limitée ; comme samedi affichait une heure, et que je n’avais pas mangé la veille au soir, pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté et dont la lourde responsabilité repose sur des épaules autres que les miennes, je ne pensais qu’à manger en cette belle matinée, j’en avais rêvé, pour dire vrai, toute la nuit. Or nous nous souvînmes qu’un restaurant d’appellation italienne nous avait été recommandé par le passé, nous l’avions cherché un temps sans succès. Rien d’étonnant à cela, c’est de loin une courbe blanche qui laisse présager un grand « fish and chips », ou des bureaux d’experts-comptables anonymes. Affamé, je remarque un signe bleuté, « chroma », au dessus de la véranda blanche aux vitres obscures. J’ai entendu depuis de sources populaires qu’il s’agissait d’une chaîne. Une chaîne limitée, que m’a-t-on dit déjà, deux restaurants à Manchester, et un à Boston ? Une connexion exécutive avec Pizza express ? Quoiqu’il en soit, l’intérieur est spacieux, des poutres au plafond, beaucoup de blanc, des tables très neutres, nappes blanches, verres à vins au format classique, service sympathique… Le fait est que les restaurants britanniques peuvent être très bruyants, voilà, comme les pubs. Or manger dans les hurlements de ta conversation et bien ça coupe l’appétit.
Ici, c’est calme. En tous les cas un samedi à une heure. On nous propose une jolie place près de la baie vitrée qui donne sur la route. Son nom je ne le connais pas, mais d’où je me trouvais, j’apercevais le panneau de signalisation routière : tout droit, Fallowfield, à gauche, Trafford, à droite, interdit sauf pour les bus.
Donc, tout cela est bien beau, mais quid de la nourriture ? Et bien j’ai eu le plaisir de tomber sur un spécimen typique de l’effort hybride de la proposition italienne dans le Nord : des plats méditerranéens d’inspiration, guère plus italiens que vous ou moi, mais agréables au palet. En entrée une assiette limitée de charcuterie, salami, un tout petit peu de jambon de parme, du chorizo, deux tranches d’un très bon pain et des olives. On trouve aussi au menu des salades, assez diverses et semble-t-il réussies. Puis la pizza, l’exemple parlant d’une mutation pas trop ratée dans l’espace : la forme est ronde mais étroite, le tout tient dans une petite assiette à hors d’œuvres, mais la pâte sans être épaisse est ultra nourrissante. La garniture est italianisante, bouts de parmesan, ou légumes en tranches, jambon pour moi, et salade, de la roquette, un fragment de vérité dans un costume policé. Le tout est recouvert d’huile d’olive. Ce n’est pas mauvais. On se sent détendu, les prix sont loin d’être scandaleux. C’est très nouvelle bourgeoisie flexible – soit pas l’industrielle – et le menu le reflète, car si j’ai choisi la pizza ‘parma’, c’était bien la seule avec la marguerita à se revendiquer des parents, fussent-ils lointains ; pas de regina, de quatro stagioni, de pizza alla toscana, alla napoletana, calabrese, siciliana, non, mais à l’américaine, à la grecque, au poisson, ce genre de chose. Le vin au verre est honnête, relativement parlant, et j’ai pu avoir un véritable expresso à la fin du repas.
Je me félicite de cette avancée gastronomique, et je garde en mémoire à titre de comparaison une pizza berlinoise – l’Allemagne est l’autre pays pour lequel je nourris une méfiance ancienne envers ses greffes italiennes – observée cet été non loin de check point Charlie, avec stupeur, les piments placés entier sur une pâte matefaim, à moitié grillés à moitié crus, ayant déversé leur eau en deçà.
J’ai toujours eu de terribles préjugés sur les restaurants italiens en Angleterre. Enfin je dis en Angleterre, mais ça vaut aussi pour le pays de Galles, où j’ai récemment mangé un des plus mauvais repas de ma vie – mais je laisse la réflexion se prolonger encore quelque peu sur ce moment fondateur – et l’Ecosse, où je dois avouer avoir été impressionné il y a peut-être deux ans par des moules cuisinées dans un rouge bouillon de tomates et oignons – de la tablée deux d’entre nous avaient opté pour une entrée, et mon voisin m’assura que ses moules à la crème étaient un régal, d’ailleurs à la vue j’étais jaloux – et une pizza parfaite dans cette bonne ville de Glasgow, que j’avais il y a six mois seulement désignée comme l’élue de mon cœur aventurier – je ne fais pas d’aventures hors de l’Europe pour le moment.
Je ne suis pas retourné à Glasgow, personne ne voulait m’y employer alors merde. Mais quand j’étais petit, il me semble bien avoir été dans au moins un restaurant non loin de la Tyne, qui existe toujours d’ailleurs, ce n’est pas dans Grey Street, mais la rue qui tombe parallèle et tournante sur le fleuve. Et c’était pas bon, non, je me souviens que ce n’était pas bon. Les habitants du Nord de l’Angleterre, pour la plupart, certainement il y a quinze ans ne connaissaient guère la cuisine continentale. Je n’inclus pas mon père naturellement, même si après tout il doit être tenu responsable, c’est lui qui m’avait traîné là. Il paya rudement la mauvaise adresse, car je nous amenais par la suite capricieusement et pendant de nombreuses années à « pizza hut », avant que ce goût ne passe. Presque. Bref. Avec un nom exotique, à consonance italienne, on pouvait faire ingurgiter les plats les plus infâmes aux béotiens de mon second pays. Les temps ont changé, le pays s’est, en partie, enrichi, et des hordes de cadres parfumés gagnant véritablement des sommes stupéfiantes pour nous autres derrière le masque de leur persona poursuivent le soir leur vie palpitante dans d’innombrables restaurants aux menus plus invraisemblablement chers les uns que les autres. Les restaurants italiens, entre autres, font leur affaire, et on en trouve sans difficulté. Bien entendu, je suis toujours rétif à l’idée de manger dans un restaurant italien dans cette contrée, mais il se trouve que l’offre culinaire à Chorlton, pour ce qui concerne les restaurateurs car on trouve des bouchers dans ce quartier et même, grand luxe de Manchester, un poissonnier, reste limitée ; comme samedi affichait une heure, et que je n’avais pas mangé la veille au soir, pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté et dont la lourde responsabilité repose sur des épaules autres que les miennes, je ne pensais qu’à manger en cette belle matinée, j’en avais rêvé, pour dire vrai, toute la nuit. Or nous nous souvînmes qu’un restaurant d’appellation italienne nous avait été recommandé par le passé, nous l’avions cherché un temps sans succès. Rien d’étonnant à cela, c’est de loin une courbe blanche qui laisse présager un grand « fish and chips », ou des bureaux d’experts-comptables anonymes. Affamé, je remarque un signe bleuté, « chroma », au dessus de la véranda blanche aux vitres obscures. J’ai entendu depuis de sources populaires qu’il s’agissait d’une chaîne. Une chaîne limitée, que m’a-t-on dit déjà, deux restaurants à Manchester, et un à Boston ? Une connexion exécutive avec Pizza express ? Quoiqu’il en soit, l’intérieur est spacieux, des poutres au plafond, beaucoup de blanc, des tables très neutres, nappes blanches, verres à vins au format classique, service sympathique… Le fait est que les restaurants britanniques peuvent être très bruyants, voilà, comme les pubs. Or manger dans les hurlements de ta conversation et bien ça coupe l’appétit.
Ici, c’est calme. En tous les cas un samedi à une heure. On nous propose une jolie place près de la baie vitrée qui donne sur la route. Son nom je ne le connais pas, mais d’où je me trouvais, j’apercevais le panneau de signalisation routière : tout droit, Fallowfield, à gauche, Trafford, à droite, interdit sauf pour les bus.
Donc, tout cela est bien beau, mais quid de la nourriture ? Et bien j’ai eu le plaisir de tomber sur un spécimen typique de l’effort hybride de la proposition italienne dans le Nord : des plats méditerranéens d’inspiration, guère plus italiens que vous ou moi, mais agréables au palet. En entrée une assiette limitée de charcuterie, salami, un tout petit peu de jambon de parme, du chorizo, deux tranches d’un très bon pain et des olives. On trouve aussi au menu des salades, assez diverses et semble-t-il réussies. Puis la pizza, l’exemple parlant d’une mutation pas trop ratée dans l’espace : la forme est ronde mais étroite, le tout tient dans une petite assiette à hors d’œuvres, mais la pâte sans être épaisse est ultra nourrissante. La garniture est italianisante, bouts de parmesan, ou légumes en tranches, jambon pour moi, et salade, de la roquette, un fragment de vérité dans un costume policé. Le tout est recouvert d’huile d’olive. Ce n’est pas mauvais. On se sent détendu, les prix sont loin d’être scandaleux. C’est très nouvelle bourgeoisie flexible – soit pas l’industrielle – et le menu le reflète, car si j’ai choisi la pizza ‘parma’, c’était bien la seule avec la marguerita à se revendiquer des parents, fussent-ils lointains ; pas de regina, de quatro stagioni, de pizza alla toscana, alla napoletana, calabrese, siciliana, non, mais à l’américaine, à la grecque, au poisson, ce genre de chose. Le vin au verre est honnête, relativement parlant, et j’ai pu avoir un véritable expresso à la fin du repas.
Je me félicite de cette avancée gastronomique, et je garde en mémoire à titre de comparaison une pizza berlinoise – l’Allemagne est l’autre pays pour lequel je nourris une méfiance ancienne envers ses greffes italiennes – observée cet été non loin de check point Charlie, avec stupeur, les piments placés entier sur une pâte matefaim, à moitié grillés à moitié crus, ayant déversé leur eau en deçà.
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